Chloé Hollings: « Fuck les régimes! »

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Chloé Hollings

 

Chloé Hollings a 27 ans, elle est comédienne et franco-australienne. Les français ont pu la découvrir récemment dans la série Versailles sur Canal+. Elle est aussi chanteuse lyrique et l’auteur d’un livre autobiographique « Fuck les régimes! » dans lequel elle raconte son parcours de réconciliation avec la nourriture et avec son corps. Rencontre avec une jeune femme généreuse, instinctive et très réaliste qui a su trouver les clés de sa maison intérieure.

Chloé hollings ou l’anti-régime

RMR : Chloé Hollings, bonjour. Vous avez 22 ans quand vous décidez d’arrêter les régimes. Pouvez-vous nous expliquer comment vous fonctionniez, avant ça ?

Chloé Hollings : En fait, j’ai vécu plusieurs phases, mais depuis l’âge de 9 ans, je m’étais toujours trouvée trop grosse, quel que soit le poids où je me trouvais. Je faisais des choses insensées pour maigrir qui marchaient un temps… Parfois même longtemps, jusqu’à deux ans. Mais je finissais toujours par reprendre ce que j’avais perdu et parfois plus que ce que j’avais perdu. En fonctionnant comme ça j’étais arrivée à l’épuisement. C’était toujours dans ma conscience, ça restait là un peu comme un petit monstre dans ma tête qui ne me quittait jamais. Ça, combiné au fait que j’étais toujours en lutte… Ça a été déclencheur. En fait, j’avais l’impression de toujours nager à contre-courant, et je me suis dit que la vie ça devait pouvoir être autrement et moins fatigant si je nageais dans le sens du courant. C’est ce que j’ai décidé de faire en arrêtant les régimes.

RMR : Donc, vous arrêtez de vous contraindre, et là, vous vivez quelque chose de très contradictoire : vous dites : « Manger me soulage et en même temps, grossir me terrifie. »

Chloé Hollings : Oui, parce-que quand j’ai pris cette décision au fond de moi, c’était encore une nouvelle stratégie pour mincir. Je me disais, je vais arrêter les régimes et le corps va s’équilibrer par lui-même. Alors en fait, c’est ce qui s’est passé au final, mais au début, ça a été beaucoup de confusion. Parce que j’ai commencé à manger, manger, pratiquement tout le temps les premières semaines. Je n’avais aucun curseur, aucun repère, puisque je m’étais toujours arrêtée à un nombre de calories ou des choses imposées. Là, la règle essentielle c’était : «Je ne m’interdis rien. » Si j’avais envie d’un croissant, je mangeais un croisant… Et comme je m’étais empêchée de manger depuis longtemps, au début, j’ai beaucoup mangé.

RMR : A ce moment-là, vous prenez du poids. C’est une expérience difficile quand on a couru toute sa vie après un 36 ?

Chloé Hollings : Oui En fait je prends 15 kilos, soit 20 kilos de plus que ce que je m’autorisais à accepter pour moi.

RMR : En faisant cette expérience, vous vous rendez-compte que vous vous êtes racontée des histoires sur vos motivations à mincir : vous pensiez que c’était pour plaire aux hommes, mais en fait, vous vous rendez compte que c’est le regard des femmes qui vous terrifie ?

Chloé Hollings : Oui, en fait, je ne m’étais pas du tout rendue compte à quel point le regard des autres femmes sur moi me faisait peur. Je me sentais toujours jaugée, observée, en compétition avec les autres femmes. Ça a bien sur un lien avec ma propre féminité, mais c’est vrai que je l’ai découvert là.

RMR : Un passage de votre livre m’a beaucoup plu, quand vous faites du chant et que vous osez enfin relâcher votre ventre. Ça a changé quoi ?

Chloé Hollings : relâcher mon ventre a été une sorte de révélation. J’ai vraiment senti ce que signifiait l’expression armure ou bouclier. On dit que le ventre c’est notre deuxième cerveau, que c’est le siège de nos émotions et moi, en chantant, je me suis rendue compte que c’était un endroit fermé, bétonné. Et ça a été une vraie libération mais aussi une vraie rééducation que d’apprendre à le relâcher. En menant en même temps une réflexion sur tout ça et parallèlement en relâchant mon corps, je me suis réapproprié mon corps. En fait, avant, je ne me jugeais acceptable que dans un 36 et quand je me voyais dans un miroir à une taille supérieure, je me disais « ce n’est pas moi. ». C’est comme si j’étais une taille 36 et que tout ce qui était en trop dépassait, comme si ça  ne m’appartenait pas. En me rappropriant mon corps, j’ai réintégré TOUT mon corps.

RMR : Vous aviez peur des femmes, mais finalement c’est dans le regard d’une femme que vous vous êtes guérie ?

Chloé Hollings : Oui, c’est grâce à Elodie, qui est photographe et est devenue mon amie la plus chère. Elle m’a proposé de faire un reportage photo sur la démarche que j’avais entreprise. Elle a commencé à prendre des photos de moi de façon dénudée, elle est rentrée dans mon intimité. C’était paradoxal, parce qu’avec mon métier de comédienne, j’avais envie qu’on me regarde et en même temps ça me terrifiait qu’on me voit vraiment. Et là, elle m’a photographié, vraiment, moi telle que j’étais. C’est elle qui a eu l’idée d’un exercice qui a été très important pour moi. Quand je me regardais dans la glace, automatiquement, je me disais que j’étais moche. Elle m’a proposé de faire l’inverse et avec le rouge à lèvres et un crayon khôl, j’ai écrit sur mon corps tout ce que je ne me disais jamais : « Je suis belle », « love », « sexy », etc…

(Cf le reportage photo d’Elodie Sueur sur la démarche de Chloé : http://www.elodiesueur-monsenert.com/-/galleries/fuck-les-regimes)

RMR : Ca a été un grand moment, mais je dois vous avouer que pour moi, le moment d’anthologie de votre livre c’est quand vous osez vous habiller dans votre taille à savoir quand vous passez directement du 36 au 42 dans une cabine d’essayage.

Chloé Hollings : Le fait de porter du 36, faisait que je me sentais forcément grosse, forcément boudinée… Comme un éléphant dans un 36 ! C’est vraiment une clé qui s’est joué là et cette clé ça a été l’ACCEPTATON. Quand je suis allée dans cette boutique, je me suis dit : « OK, je ne sais pas quelle taille je fais. En fait, je faisais un 42. Et là, je me suis sentie bien, dans un vêtement qui était fait pour moi, pour mes formes. Et je me suis trouvée bien. Là je me suis dit que si je devais rester à cette taille là pour toujours c’était OK. Et surtout je me suis rendue compte de l’absurdité totale de ces chiffres 36, 42 ça ne veut rien dire. C’est quand tu es bien dans le vêtement que c’est important.

RMR : A partir de là on sent que la vie re-circule en vous et que vous reconnectez au plaisir

Chloé Hollings : De la même manière que j’ai rééduqué mon corps en relâchant mon ventre, je me suis rééduquée au plaisir. Avant j’avais une vision fausse du plaisir. Quand je m’empêchais de manger tout le temps pour moi le plaisir c’était de manger dix éclairs au chocolat. Parce que c’était interdit. Mais le vrai plaisir quand on s’autorise tout, ça peut être justement d’être satisfaite avec une bouchée d’éclair au chocolat. Et puis en faisant cela, j’ai commencé à chercher la beauté en tout. Je choisissais des aliments, je me faisais de belles assiettes, je ne mangeais plus en marchant dans la rue. Manger était devenu un moment important, juste pour moi.

RMR : Vous vous êtes aussi réconciliée avec le regard que les hommes portaient sur votre féminité ?

Chloé Hollings : Là aussi, j’avais très peur d’être désirée. Il y avait comme quelque chose de bloqué par rapport à la féminité. Comme je n’aimais pas mon corps, le fait de trouver mon corps non désirable, ça sabotait mon désir. Je n’acceptais pas mon désir de plaire. En faisant cette démarche je me suis dit « assume ! Tu as une jolie poitrine et finalement, ça ne te déplaît pas d’être regardée, ça n’engage à rien. »

RMR : Une phrase résume bien votre livre, vous écrivez : « J’avais des blocages, mais ils ne venaient pas de ma corpulence. Ils venaient de mon estime de moi brisée, farcie de croyances erronées. »

Chloée Hollings : oui parce que tout ça c’est une question de perception et pas tellement de kilos en plus ou en moins. 70 Kg ce n’est ni mal ni bien, 100 Kg ce n’est ni mal ni bien, 50 Kg ce n’est ni mal ni bien, c’est juste comme ça. J’ai changé ma perception. A partir du moment où je suis rentré dans le jean en 42, je me suis dit que j’allais peut-être faire ce poids là toute ma vie et que c’était bien. J’ai arrêté de manger en me disant à chaque bouchée : « je mange parce que je ne peux pas faire autrement mais oh la la ! Ça va me faire grossir ! ». Je ne me suis plus focalisée que sur le plaisir… Et c’est là que j’ai commencé à dégonfler.

RMR : Oui,  parce que vous finissez par mincir !

Chloé Hollings : Oui, parce qu’en m’autorisant à manger, j’ai commencé à développer la confiance en moi, la confiance en mon instinct. Et je ne sais pas pourquoi, par exemple, mon instinct me dit de manger du poulet rôti. Avant je me serais dit oh la la ! Il y a du gras! Aujourd’hui, je me dis que mon corps doit avoir besoin de ce gras ou des protéines.

En faisant ça, j’ai fini par mincir et ça a même été un problème parce que je m’étais bien acceptée dans mon corps rond et quand il a fini par l’être moins, il a fallu faire le chemin inverse et accepter d’avoir minci, accepter de nouveau de me voir avec ce corps-là dans le miroir.

RMR : C’est une sacrée expérience que vous nous faites partager là. Si vous n’aviez qu’un conseil à donner à celles qui souffrent dans leur rapport au corps et à la nourriture, ce serait lequel ?

Chloé Hollings : l’acceptation est la clé. Accepter qu’on n’est pas forcément comme on voudrait être, ou même simplement commencer par accepter qu’on  n’accepte pas d’être comme ça… Pour pouvoir finalement s’accepter réellement. Et puis surtout changer sa cible, la cible ce n’est pas mincir, la cible c’est prendre un réel plaisir, aller vers quelque chose qu’on adore. Le plaisir c’est dans les tripes et ça amène le véritable changement.

Merci à Chloé d’avoir ainsi partagé sa magnifique expérience avec nous. J’espère quelle inspirera chacune d’entre vous pour l’amener à paix dans son assiette et dans son corps. Un livre à lire absolument par toutes celles qui sont encore en lutte.

 


Fuck les régimes de Chloé Hollings , Editions Payot, 2016 – 14€ – http://www.payot-rivages.com
Crédit image : Sarah Robine

 

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